2. Une culture "grimpante" en popularité
Voici le deuxième volet d’une série de trois portant sur la viticulture dans nos régions froides. Le premier traitait de l’établissement d’un vignoble sous notre climat, le troisième parlera des méthodes de lutte contre les maladies, les insectes et…surtout le froid! Le présent article se veut un survol des méthodes de palissage et de taille de la vigne.
Suite et fin de la série d’articles sur la culture de la vigne en régions froides dans le prochain numéro, où on parlera de la protection de la vigne, surtout contre les grands froids de nos hiver…

Denis Caron, Chercheur,
Services Recherche et Transfert de technologie - Collège d'Alfred
Soutenir la vigne par… le palissage
Le palissage est la structure sur laquelle on fera courir les sarments de vigne. Cette plante étant de nature grimpante, il faut lui donner un support. Le principe est d’installer des poteaux garnis de broches galvanisées sur la rangée. On peut installer notre système de palissage avant ou après la plantation, mais dans la deuxième alternative, il faut le faire soit durant la première année de culture ou au début de la deuxième année car si on attend trop, on risque d’endommager des plants. Les poteaux seront espacés de 16 à 25 pieds (5 à 7 mètres) et auront une hauteur de 4 à 6 pieds (1,20 à 1,80 mètre) au-dessus du sol dépendamment du cépage cultivé et de sa vigueur. Il est conseiller de planter les poteaux au moins 2 pieds (0,60 mètre) dans le sol afin que le gel ne vienne altérer la solidité de notre système de palissage. En guise de poteaux, le cèdre est de loin le favori pour sa force et sa résistance à la pourriture. Par contre, des poteaux de métal ou encore de ciment peuvent être utilisés avec succès et ont une durée de vie encore plus longue que le cèdre. Quant à la broche de fer galvanisé, on parle de grosseur 12 ou 14 que l’on fixe avec des crampes sur les poteaux et qu’on peut simplement terminer par quelques maillons de chaîne pour les fixer à un clou sur le poteau du bout de la rangée. Ainsi, on pourra tendre les broches à l’été pour assurer un bon soutien et les détendre à l’hiver pour éviter que la broche ne casse sous la contraction due au froid. La hauteur à laquelle on installe les broches sera discutée dans les sections qui suivent.
Les méthodes de palissage et de taille
Les méthodes de palissage et de taille sont étroitement liées. La méthode de palissage est généralement dictée par la rusticité du cépage choisi, sa vigueur et son architecture naturelle. L’architecture du plant est la manière dont le plant pousse ou ce qu’on appelle le « port » de la plante. Un port érigé décrit des pampres qui poussent à la verticale, un port retombant décrit les pampres qui ont tendance à courir sur le sol ou à retomber alors qu’un cépage dont on dit qu’il a un port semi-érigé aura tendance à pousser à 45° par rapport au sol (voir le tableau des variétés dans le premier article). Pour ce qui est des méthodes de taille, on les classe en trois grandes catégories : les tailles de formation, les tailles de production et les tailles en vert ou épamprage.
Les cépages non-rustiques.
Les cépages dits non-rustiques sont généralement conduits selon une méthode de récolte basse. Ceci est dû au fait que les bourgeons fructifères ayant survécu à l’hiver sont situés près du sol. Le palissage le mieux adapté pour ce type de cépages est simplement quatre fils de fer en parallèle que l’on fixera de chaque côtés des poteaux, deux à une hauteur de 18 pouces (0,45 m) et deux autres à 36 pouces (1 mètre). Ces broches ne servent qu’à contenir les pampres pour ne pas qu’ils encombrent les entre-rangs. La taille de production la mieux adaptée pour les cépages non-rustiques est appelée « taille gobelet » du fait qu’on laissera 3 ou 4 branches portant chacunes 4 à 6 bourgeons fructifères et qui présentent une forme de secoupe ou de bol d’où le nom de gobelet. La taille de formation à adopter pour obtenir ce genre d’architecture consiste à choisir trois ou quatre bons sarments le plus près possible du sol, lors de la deuxième année de croissance des ceps, afin de garder le tronc le plus court possible. Ces branches deviendront le bois qui donnera les bourgeons fructifères lors de la troisième saison de croissance. Comme pour les cépages semi-rustiques et rustiques, on laissera les boutures croître à leur gré durant la première année, pour n’intervenir avec nos sécateurs qu’au printemps de la deuxième année.
En ce qui concerne la taille en vert, elle est nécessaire pour garder l’équilibre entre le fruit et la partie végétative du cep. Il ne faut pas que le plant favorise le développement de bois et de feuilles au détriment de ses fruits. Les vignes non-rustiques devront subir une taille en vert de leur pampres à une hauteur d’environ 3 pieds, soit juste au-dessus de la dernière broche. Cette taille est réalisée durant le mois de juillet mais le moment peut varier selon la vigueur du cépage.
Les cépages semi-rustiques.
Pour les cépages semi-rustiques, on pourra entraîner un pampre sur une broche située à 18 pouces (0,45 mètre) de terre et diriger leurs branches fructifères vers une autre broche 18 pouces plus haut. C’est ce qu’on appelle le « Guyot simple ». On se sert donc de la même installation de palissage que pour les vignes non-rustiques, mais avec le choix de mettre les fils de fer en double ou en simple à chaque hauteur. L’avantage des broches doubles est que l’on ne fait que passer les branches qui portent les grappes de raisins à l’intérieur des deux broches qui les retiennent sans avoir à les attacher. Avec le fil simple, on doit nécessairement les attacher sur le fil, ce qui demande plus de travail. Une variation de la méthode Guyot simple est le « Guyot double » où on laisse deux branches, une de chaque côtés, développer des bourgeons qui porteront le fruit. Donc la taille de fromation consistera à sélectionner une ou deux branches bien développées, selon que l’on a choisi le Guyot simple ou double, au printemps de la deuxième année de croissance et qui prennent naissance le plus près du sol possible. La taille de production consiste quant à elle à tailler, à chaque printemps, l’extrémité des branches sélectionnées pour ne laisser que 9 à 11 bourgeons sur chaque branche. La taille en vert consistera à rabattre l’extrémité des pampres trop vigoureux.
Les cépages rustiques.
Enfin, les cépages rustiques peuvent être supportés selon plusieurs méthodes de palissage. Nous nous limiterons ici à deux méthodes, celles qui sont plus populaires chez les viticulteurs de nos régions. Il s’agit de la méthode « Kniffin à quatre bras » et de la méthode du « Rideau double de Geneva ». La méthode Kniffin à quatre bras consiste à laisser un tronc principal grandir verticalement duquel on laissera pousser latéralement deux branches sur une première broche à 18 pouces (0,45 mètre) de hauteur à partir du sol et deux autres branches 18 pouces plus haut. Ces quatre branches latérales courant sur les broches donneront les bourgeons fructifères. Alors, on a encore le même système de palissage qu’avec les variétés semi ou non-rustiques et toujours la possibilité d’avoir des broches simples et d’attacher les branches sur celles-ci ou d’avoir des broches doubles en parallèle et de diriger les pampres entre celles-ci. Une variation du Kniffin à quatre bras est le Kniffin à 6 bras, selon laquelle on montera le tronc principal encore 18 pouces plus haut où deux autres branches courront sur une broche maintenant à 4 pieds et demi (1,40 mètre) du sol. L’autre méthode est appelée le rideau double de Geneva. Elle a été développée à Geneva, dans l’état de New-York, spécifiquement pour les vignes rustiques nord-américaines. Cette fois-ci, il faut modifier les poteaux pour les élargir à leur sommet et installer deux broches parallèles distantes d’environ 45 pouces (1,20 mètre) à une hauteur de 60 à 72 pouces (1,50 à 1,80 mètre). C’est un peu comme un Guyot double que l’on aurait monté à cette hauteur. De plus, on fera courir les plants de vigne de façon alternative sur un fil et sur l’autre, leur donnant ainsi la possibilité de s’étendre de toute leur vigueur. C’est une méthode qui maximise l’ensoleillement du rideau de végétation souvent très dense des cépages rustiques et qui est profitable du fait que notre saison de croissance est plutôt courte. On ne laisse se développer que les bourgeons fruitiers situés au niveau du fil de fer. La taille de formation consiste à amener le plus rapidement possible la vigne à la hauteur maximale et ensuite de diriger ses branches latérales sur les broches. La taille de production consiste à laisser 11 à 13 bourgeons fruitiers ou plus sur les branches de l’année précédente.
Taille en vert, effeuillage et égrappage
La taille en vert consistera à tailler seulement l’extrémité des pampres trop vigoureux. En règle générale pour la taille en vert ou l’épamprage, on conseille de laisser 9 à 11 feuilles sur le pampre fructifère après la dernière grappe de fruits, et ce, pour tous les types de rusticité des cépages. Deux autres interventions doivent être réalisées pour favoriser une récolte de qualité, soit l’effeuillage et l’égrappage. L’effeuillage consiste à enlever les feuilles qui cachent les grappes de raisins. Ceci limite le développement de moisissures ou de champignons associées aux conditions trop humides en favorisant la circulation d’air au niveau des fruits et favorise aussi le mûrissement des grappes dû au fait que celles-ci seront exposées au soleil. L’égrappage est l’action d’enlever des grappes de fruits, trop nombreuses pour la capacité du cep. Ceci fait parfois mal au coeur de sacrifier des fruits, mais il faut se dire qu’on le fait à l’avantage de la qualité des grappes retenues. La charge de fruits sur un cep ne doit pas être trop importante afin de produire un fruit de qualité. Il est recommandé de laisser 2 à 4 grappes bien espacées sur chaque pampre fructifère en sélectionnant les grappes les mieux formées, selon la grosseur des grappes et le nombres de pampres fructifères laissés sur le plants. Cette opération sera réalisée juste après que les fruits se soient formés lorsqu’ils sont encore petits. Enfin, l’égrappage devra être total lors de la 2e année de croissance afin de laisser le plant parfaire le développement de sa structure.
Note: Pour des raisons de taille de document, les figures et images ont été omises dans cet article.
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